L’enterrement de plume

de Samuel Dutacq

Au service funéraire, la famille de plume est rassemblée autour du cercueil de
Plume. Il y a sa maman Plume, son papa Plume, son frère Plume.

Mais où est Plume ? se demande la maman. En effet, le cercueil est vide. Où
est-ce qu’il est passé encore ? Le père s’agace : Toujours en retard celui-là,
vivement qu’on s’en débarrasse. Le frère surenchérit : c’est vraiment le Plume de
trop dans la famille.

Plus tard, on retrouve Plume, à la cafétéria du service funéraire. Sa maman le
gronde : qu’est-ce que tu fais encore ? Ça fait deux heures qu’on t’attend. Et
Plume abandonne son chocolat chaud. Bon d’accord. Et il la suit. Quand on tente
de placer Plume dans le cercueil, on se rend compte qu’il ne rentre pas. Flûte. Il a
encore grandi celui-là. On ne va quand même pas faire refaire un autre cercueil.
Ce n’est pas ma faute, répond plume. Mais sa maman est très en colère. Pour la
calmer, le monsieur des pompes funèbres propose qu’on découpe plume en
plusieurs morceaux pour le faire rentrer. Cela se fait, dit-il. La maman de Plume
n’y voit pas d’inconvénient. Plume est emmené dans une autre salle. On l’allonge
sur une table. Plume demande s’il pourrait avoir une anesthésie. Le chirurgien
découpeur lui répond : Mais, mon bon monsieur, pour qui vous prenez-vous ?
Déjà, vous nous obligez à une opération qui ne fait normalement pas partie de
notre mission. Et en plus vous demandez à ce qu’on vous offre une dose
d’anesthésiant pour faciliter votre passage de l’unité à la fragmentation ! Un
stagiaire qui se trouve là un peu par hasard surenchérit : Et puis, vous savez, s’il
fallait qu’on anesthésie les morts, on n’aurait plus assez d’anesthésiant pour les
vivants. Plume ne sait pas quoi répondre parce qu’ils semblent tous deux faire
preuve de beaucoup de bon sens. Alors il se laisse découper en trois morceaux.

 

Après cette opération, on place les trois morceaux du corps de plume dans le
cercueil. Ça entre en largeur et en longueur, mais ça dépasse un peu en hauteur.
Alors le papa, la maman et le frère de plume unissent leurs forces pour fermer le
cercueil. Le papa et la maman s’assoient sur le couvercle comme on fait avec une
valise un peu trop pleine, pendant que le frère visse le couvercle. Une fois que la
boîte est fermée hermétiquement, on fait cercle autour. Et la maman de Plume,
toujours aussi agacée, demande : Qui va porter le cercueil de Plume maintenant
que Plume est dans le cercueil ? Le papa : ce n’est quand même pas à nous de le
porter. Ça fait déjà vingt ans qu’on le supporte. C’est le frère qui trouve la
solution : On a qu’à le sortir du cercueil, comme ça, il portera lui-même son
cercueil jusqu’au tombeau. En suite, il n’aura plus qu’à le laisser tomber. L’idée
est votée à l’unanimité. La maman de Plume frappe la paroi du cercueil, et crie :
Plume, tu nous as causé suffisamment d’ennui, alors maintenant, tu sors de ce
cercueil et tu le portes tout seul, comme un grand. Mais maman, répond Plume,
plaintif, maintenant que je suis tout en morceau, comment est-ce que je peux
porter mon cercueil ? Je ne veux pas savoir, répond sa maman. Ton père et moi on
a décidé que c’était comme ça. Bon d’accord, répond Plume, vaincu. Puis,
quelques secondes plus tard : Maintenant que vous avez vissé le couvercle de mon
cercueil, je ne peux plus sortir. Ça commence à bien faire, s’énerve son père. Dans
la vie, quand on veut, on peut, alors mets-y un peu de bonne volonté. Bon
d’accord, répond encore Plume. Alors il se met à frapper très très fort contre le
couvercle du cercueil, si fort que celui-ci finit par céder. Ensuite, les jambes de
plumes se hissent à l’extérieur du cercueil, se laissent tomber, et se positionnent
de chaque côté du cercueil. Ah ben alors, tu es fier de toi ?! demande sa mère
furieuse. Mais maman, qu’est-ce que tu me reproches maintenant ? Et bien, on t’a
payé un cercueil tout neuf. Regarde ce que tu as fait du couvercle, il est tout
arraché ! Mais vous m’avez demandé… Ça suffit. Maintenant, tu fais ce qu’on te
dit de faire et tu ne poses pas de question. Sa maman, son papa et son frère ont
parlé contre lui. Alors Plume, résigné, se met en marche. La famille de Plume n’a
pas loué de corbillard et la route est longue jusqu’au cimetière. La famille de
Plume s’y rend en voiture. Il se passe deux jours avant que Plume et son cercueil
y parviennent enfin. Pas trop tôt ! s’exclame sa maman. La prochaine fois, ne fait
pas autant de cinéma, ça nous fera gagner du temps.

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