« Mon vrai pays, c’est la page blanche »

(Pour le titre, citation de Christian Bobin)

Entre suggestions bienveillantes et coups de pied au cul, quelques conseils d’écrivains pour écrivains en mal d’inspiration.

« Ce que j’essaie de faire c’est d’écrire. Peut-être n’écrirai-je que “Le chat s’assoit sur le sofa, c’est bien ça, pas un rat” pendant deux semaines. Et ce peut être simplement les mots les plus ennuyeux et horribles qui soient. Mais j’essaie. Quand j’écris, j’écris. Et puis, ce serait comme si une muse décidait que ce serait du sérieux cette fois et dirait alors : “OK, OK, j’arrive.” »

Maya Angelou

« Des suggestions ? Mettez ça de côté pour quelques jours, ou plus, faites autre chose, essayez de ne pas y penser. Puis asseyez-vous et lisez-le (imprimez-le, c’est mieux je trouve, enfin pour moi) comme si vous ne l’aviez jamais lu auparavant. Commencez depuis le début. Notez sur le manuscrit pendant que vous lisez tout ce que voulez changer. Et généralement, quand vous arrivez à la fin vous serez à la fois enthousiaste et connaitrez les mots qui suivent. Et alors, vous les écrivez, un mot après l’autre. »

Neil Gaiman, On Being venerable

« Quand tu n’arrives pas à créer, tu peux toujours travailler. »

Henry Miller

« J’encourage mes étudiants, dans ces périodes, à écrire une page sur à peu près n’importe quoi, 300 mots à propos d’un souvenir, d’un rêve, de flux de conscience, de combien ils détestent écrire, juste comme ça, sans raison particulière, simplement pour éviter que l’arthrite ne gagne leurs doigts, simplement parce qu’ils se sont engagés à essayer d’écrire 300 mots par jours. Puis, les mauvais jours et les mauvaises semaines, ne pas forcer les choses… Ton inconscient ne peut pas travailler en permanence sous la pression. Tu es là à te dire “ça y est, t’as fini, ça y est t’a fini ?” Mais il essaie juste de te dire gentiment “Ferme-là et va-t’en !” »

Anne Lamott, Bird by Bird, 1994

« Que fais-tu quand un blocage survient ? Que se passe-t-il si tu as un blocage et que tu ne sais pas du tout quoi faire ? Eh bien, c’est évident que tu ne fais pas ce qu’il faut, non ? En plein milieu de ton écriture, tout s’arrête et ton esprit te dit : “Non, c’est fini.” Il vient de t’avertir, non ? Ton subconscient te dit : “Je ne t’aime plus. J’en ai plus rien à faire de ce que tu écrits.” Tu es devenu conscient des enjeux politiques ou sociaux. Tu écris des choses qui vont bénéficier au monde entier. Va au diable avec tout ça ! Je n’écris pas pour contribuer au monde. Si cela arrive, super. Ce n’est pas ce que je recherche. Je cherche juste à prendre autant de plaisir que je peux.

Je n’ai jamais travaillé de ma vie. Je n’ai jamais travaillé de ma vie. La joie que me procure l’écriture m’a propulsé de jour en jour, d’année en année. Je veux que vous enviiez ma joie. Sortez d’ici ce soir et demandez-vous “Est-ce que je suis heureux ?” Et si vous avez le syndrome de la page blanche, vous pouvez vous soigner en arrêtant d’écrire ce que vous écrivez et en commençant toute autre chose. Vous avez choisi le mauvais sujet. »

Ray Bradbury, Writer’s Symposium by the Sea 2001

 « La meilleure façon de faire, c’est de s’arrêter quand tout va bien et que vous savez ce qui va suivre. Si vous faites ça tous les jours… Vous ne serez jamais bloqué. Toujours s’arrêter quand ça va bien et ne plus y repenser ou se poser des questions jusqu’à ce que vous recommenciez à écrire le jour d’après. Ainsi, votre subconscient travaille dans son coin pendant ce temps-là. Mais si vous y pensez consciemment ou que vous vous posez des questions, cela réduira ce travail à néant et votre cerveau sera fatigué avant même d’avoir commencé. »

Ernest Hemingway

« La page blanche c’est mon inconscient qui me dit que ce que j’ai écrit est invraisemblable et sans importance pour moi, et je le résous en revenant en arrière et en réinventant les parties que je viens d’écrire de sorte que quand je réécris cela devienne vraisemblable et important pour moi. Et là ; je peux continuer. La page blanche ne se résout jamais en se forçant à écrire par-dessus, parce que vous n’aurez pas résolu le problème qui a provoqué la rébellion de votre inconscient contre votre histoire, donc ça ne fonctionnera ni pour vous et ni pour vos lecteurs. »

Orson Scott Card, Fiction Factor

« Le secret pour avancer c’est de s’y mettre. Le secret pour s’y mettre, c’est de réduire vos tâches insurmontables en de plus petites plus faciles et de commencer par la première. »

Mark Twain

« Il y a quelques années, j’ai rencontré John Steinbeck à une soirée au Sag Harbor, et je lui ai dit que j’avais un blocage. Il me dit alors quelque chose que je n’oublierai jamais, et qui marche. Il me dit “Fait comme si tu n’écrivais pas pour ton éditeur, un public ou ton lectorat, mais pour quelqu’un de proche, comme ta sœur, ou ta mère, ou quelqu’un pour qui tu as de l’affection.” Et à cette époque j’étais épris de l’actrice Jean Seberg, et je devais écrire un article racontant que j’avais amené Marianne Moore à un match de baseball, et j’ai commencé ainsi, “Cher Jean…,” et je l’ai écrit avec beaucoup de facilité, je dois dire. Et à mon grand étonnement, c’est ainsi qu’il est apparu dans le Harper’s Magazine. “Cher Jean…” Ce qui la surprit, je pense, tout comme moi, et bien sûr Marianne Moore. »

George Plimpton à propos de John Steinbeck, Pen America

 « Au fil des années, j’ai découvert une règle. C’est la seule que je donne dans ces occasions où je parle d’écriture. Une règle très simple. Si vous vous dites à vous-même que vous serez à votre bureau demain, en faisant cela vous dites à votre inconscient de tout bien préparer. Vous êtes, en réalité, en train de rassembler tout ce qui pourra vous aider au moment voulu. Vous êtes en train de dire à quelques forces souterraines : “Comptez sur moi, je serai là pour écrire. ” »

Norman Mailer, The Spooky Art: Some Thoughts on Writing, 2003

 « Si vous êtes coincé, éloignez-vous de votre bureau. Allez marcher, prenez un bain, allez dormir, faites une tarte, dessinez, écoutez de la musique, méditez, faites de l’exercice ; quoi que vous fassiez, ne vous butez contre le problème. Mais ne passez pas de coup de téléphone ou n’allez pas faire la fête ; si vous faites cela, les mots des autres envahiront la place destinée à vos propres mots. Ménagez un vide pour eux, créez un espace. Soyez patient. »

Hilary Mantel

« J’ai appris à produire que je le veuille ou non. Ce serait facile de dire Oh, j’ai des blocages, Oh je dois attendre ma muse. Je ne le fais pas. Enchainez cette muse à votre bureau et mettez-vous au boulot. »

Barbara Kingsolver

« Dans les cas ordinaires, quand je ne suis que stupide, et que les idées, s’élevant avec pesanteur, passent toutes grumeleuses à travers ma plume, ou que je suis embourbé dans quelque froide ornière de laquelle je fais de vains efforts pour me tirer, je n’emploie jamais deux minutes à conférer avec ma plume, et à parler sur mon écritoire : car, si une prise de tabac et deux ou trois tours de chambre n’y font rien, je saisis un rasoir ; et après en avoir fait l’épreuve sur la paume de ma main, je me fais la barbe. Après cela, je change de chemise, je mets mon meilleur habit, je demande ma dernière perruque, j’enfonce mon doigt dans ma topaze, et je fais, en un mot, la toilette la mieux soignée. »

Laurence Stern, La vie et les opinions de Tristram Shandy, 1759

« Les pages blanches sont aussi stupides que les pannes sexuelles liées à la performance : c’est la panique du génie, celle-là même qui rend votre petite queue toute molle lorsque vous vous apprêtez à jouer à la brouette avec une de vos admiratrices et que vous ne pensez qu’à lui procurer un orgasme tel qu’il sera mesurable sur l’échelle de Richter. Ne vous souciez pas du génie, contentez-vous d’aligner les mots ensemble. Le génie vient naturellement. »

« Vous vous êtes mis à écrire parce que vous deviez écrire un livre et non pas pour donner du sens à votre vie ? Faire pour faire n’a jamais eu de sens : il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que vous ayez été incapable d’écrire la moindre ligne. Le don de l’écriture est un don non pas parce que vous écrivez correctement, mais parce que vous pouvez donner du sens à votre vie. (…) Les écrivains vivent plus intensément que les autres, je crois. N’écrivez pas au nom de notre amitié, Marcus. Écrivez parce que c’est le seul moyen pour vous de faire de cette minuscule chose insignifiante qu’on appelle vie une expérience valable et gratifiante. »

Joël Dicker, La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, 2012

« La page blanche… on dirait beaucoup moins d’absurdités si, à chaque phrase utilisant le mot ÉCRIVAIN, on lui préférait le mot PLOMBIER et qu’on en analysait le résultat. Les plombiers ont-ils des blocages ? Que diriez-vous si un plombier utilisait cette excuse pour ne pas travailler ?

Le fait est que l’écriture est un travail fastidieux et que quelques fois vous n’avez pas envie de le faire, et vous ne savez pas quoi écrire après, et vous en avez assez de tout ce satané business. Ne pensez-vous pas que les plombiers ont ce sentiment aussi à propos de leur boulot de temps en temps ? Bien sûr, Il y aura des jours où ça ne coulera pas de source. Si cela vous arrive, FAITES CE QU’IL FAUT. J’aime beaucoup la réponse que donnait le compositeur Shostakovich à un étudiant qui se plaignait de ne pas trouver le thème pour son second mouvement : Oublie le thème ! Écris simplement le mouvement !

La page blanche est quelque chose qui frappe essentiellement les amateurs et les personnes qui n’écrivent pas sérieusement. Ainsi, à l’opposé, se trouve l’inspiration, dont les amateurs sont très friands. Pour le dire autrement, un écrivain professionnel est quelqu’un qui écrit aussi bien qu’il soit inspiré ou non. »

Philip Pullman

« Je ne comprends pas cette peur de la page blanche, inventée sans doute pour masquer le fait qu’écrire est difficile. Écrire un roman n’est pas envoyer des cartes postales. J’adore les pages blanches, de préférence par centaines. Elles accueillent tout, repentirs, ratures, trouvailles. Pour écrire, j’ai besoin d’inconfort et d’inquiétude, deux choses qu’on n’affronte pas de gaieté de cœur. Mes personnages ont une devise : “L’angoisse ma muse, l’angoisse m’amuse”. »

François Weyergans

Source : Emily Temple,  « 13 famous writers on overcoming writers block »flavorwire.com

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